Jean-François Robert, architecte D.P.L.G., au delà du cinéma Empire (III) : quelques exemples de villas

Les plans unis, la géométrisation des volumes et la traduction plastique à l’extérieur, de la fonctionnalité des espaces à l’intérieur, c’est-à-dire l’esthétique fonctionnaliste, tiennent aussi une grande place dans les villas que réalise J.-F. Robert, comme dans le cas de la villa de M. Lescure, photographiée dans le Maroc en 1932 :

On la retrouve prise sous un autre angle dans le numéro de juillet 1931 des Chantiers Nord-Africains :

Voici le texte qui l’accompagne :

« Malgré les nombreuses difficultés que durent surmonter ses constructeurs, la villa reproduite ci-dessus, située au Grand-Aguedal, se signale tout particulièrement par un ensemble harmonieux de volumes bien équilibrés.

L’orientation Nord de la façade principale a conduit l’architecte à éclairer la plupart des pièces sur deux faces opposées, l’une sur la rue et l’autre vers le soleil.

Au premier étage, accessible par le dégagement et par l’une des chambres, une grande terrasse permet de jouir de tous côtés d’une vue très étendue.

Et le plaisir de pouvoir contempler paisiblement les grands horizons enchanteurs des crépuscules marocains n’est certes pas le moindre attrait de cette exquise maison d’agrément dont la silhouette se détache admirablement sur un fond immuable et bleu.

Et comment pourrait-on oser critiquer, à la seule vue d’une œuvre aussi charmante, la « manière » de nos architectes contemporains, essentiellement basée sur une esthétique sobre mais élégante, faite de lignes géométriques stylisées et où l’utile se combine si gentiment avec l’agréable ? »

Dans ce même numéro, on trouve la reproduction d’une autre villa de François Robert :

Voici de même le commentaire qui la suit :

« Pour la construction de cette élégante villa, l’architecte fut mis en présence d’un problème que sa complexité rendait particulièrement difficile à résoudre, le terrain se trouvant en contrebas de la rue avec une différence de niveau de plus d’un mètre.

Pour pallier à la difficulté, il eut pu [sic] construire un immense sous-sol dont l’utilité ne se faisait à la vérité guère sentir. Mais il préféra avoir recours à un procédé moins empirique et adopter carrément une solution d’un modernisme à la fois audacieux et rationnel : il érigea sa maison sur une série de pilotis de 2m.50 au-dessus du sol.

Ainsi le jardin peut se continuer sous la villa, constituant un abri fort agréable et où se trouvent aisément placés le garage, une petite cave et la buanderie.

Une galerie couverte borde l’habitation sur deux faces et s’ouvre sur la salle à manger par une porte-fenêtre. Aucun point d’appui ne vient gêner la vue de cette galerie ; la dalle formant couverture est maintenue en porte à faux par des poutres sur sa face supérieure. Les chambres où le soleil entre à flot s’ouvrent au Sud-Est par de larges baies de 3 mètres d’ouverture.

Comme l’on pourra s’en rendre compte par le bref aperçu et, surtout, par le cliché que nous reproduisons d’autre part, l’œuvre de M. François Robert, de par sa conception hardie et sa pureté de lignes, doit non seulement retenir l’attention des techniciens mais encore rallier les suffrages de tous les amateurs d’architecture. »

Dans le numéro d’avril 1933 de cette même revue, on trouve la représentation de la maquette d’une villa, la villa de M. A., due elle aussi à François Robert :

Voici le texte qui éclaire cette photographie :

« La villa dont nous reproduisons la maquette est l’une des plus remarquées de la section Architecturale, à l’Exposition du Mobilier Moderne, à Rabat.

Située sur le nouveau boulevard qui borde la falaise, dominant la haute vallée du Bou-regreg, elle a été conçue pour jouir, autant qu’il est possible, de la vue magnifique des collines de l’Oulja, encadrant la traînée bleue de la rivière : toutes les pièces habitables sont ouvertes sur cette vue et profitent de l’orientation Sud-Est, la plus favorable.

Conçue sur un plan très moderne, cette habitation réalise un principe souvent exposé par son architecte : « le rez-de-chaussée d’une villa devrait se composer d’une seule grande pièce, services mis à part. » Pourquoi, en effet, réduire le beau volume que peut constituer la réunion de l’entrée de la salle à manger et du salon par une division de petits compartiments, entre lesquels une profusion de portes, plus ou moins vitrées, luttent avec les tapis qui s’opposent à leur ouverture ?

Ici un hall, de six mètres par six mètres, s’ouvrant sur la vue par une grande baie, donne accès au living-room (quatre mètres par huit mètres), qui le domine de trois marches : dès l’entrée une perspective de quatorze mètres, presque entièrement vitrée sur un côté, s’ouvre ainsi devant le visiteur. »

Enfin, le numéro 5 de Décembre 1932 – Janvier 1933 de la revue Bâtir présente la Villa de M. R. dont voici la façade et les plans :

Voici à nouveau le texte qui l’accompagne :

« Les villas de Rabat sont l’un des aspects les plus accueillants du visage pittoresque et français de la ville résidentielle. La douceur du bien vivre, la joie de respirer dans l’air et la lumière sous un ciel bleu comme dans les contes de fées, tout cela – qui fait le prix de l’existence – est représenté par ces demeures blanches, agréablement et audacieusement modernes.

La villa que nous présentons aujourd’hui aux lecteurs de Bâtir, est l’une des plus caractéristiques des tendances de l’architecture française au Maroc. Simplicité et harmonieux contraste des noirs et des blancs, symphonie architecturale qui plaît à l’œil autant qu’à l’esprit, commodité de l’installation intérieure et des abords extérieurs, autant de qualités dont la réunion font de cette villa un petit chef d’œuvre de goût et de confort. »

Le numéro 134 de la revue Plaisir de France parue en juin 1948 donne à voir un autre aspect du travail de François Robert : la maison du docteur Liouville. Cette maison des Oudaïas présente elle aussi une silhouette très graphique.

Ce Docteur Liouville, d’après sa notice wikipédia, est le neveu du célèbre docteur Charcot, avec lequel il effectue sur le navire Le Pourquoi Pas ? IV, en 1908-1910, une expédition polaire au cours de laquelle sera « découverte » la Terre de Charcot : regardez ici et .

Voici le texte de l’article de la revue :

« Une intéressante osmose se réalise au Maroc en matière d’habitation : tandis que les Européens créent pour leur vie quotidienne un cadre inspiré de l’art marocain et que certains viennent même s’installer au sein des villes indigènes, les Marocains demandent à profiter du confort européen. Et c’est, de nos jours, l’idée maîtresse de notre urbanisme au Maroc que d’améliorer l’habitat indigène, excellent programme qui ne doit pas cependant faire négliger les constructions de maisons pour Européens, ni surtout celles de nouveaux hôtels, indispensables à l’essor et même à la simple reprise du tourisme.

De cette interpénétration, dont nous parlions plus haut, nous allons donner ici quelques exemples : voici d’abord une maison que deux Français habitent, à Rabat, au cœur même de la casbah des Oudaïas. Le docteur et Mme Liouville la firent construire eux-mêmes par des ouvriers marocains. Toutes les zelliges, ainsi que de vieilles portes, furent achetées à Fès, tandis que les fers forgés et les colonnes étaient exécutées à Salé. La variété des plans et des étages contribue au charme de cette habitation, dont les terrasses offrent une admirable vue sur Rabat et Salé que sépare le cours du Bou-Regreg et sur la mer. »

La Revue Bâtir présente aussi cette réalisation, dans le numéro d’avril 1932 (Nouvelle série n°2) : « La maison du Docteur Liouville ». On aperçoit sa silhouette qui se détache au-dessus des toits des maisons des Oudayas dans le premier cliché de l’article.

Voici les premières lignes du texte de cet article : « La maison du Docteur Liouville, dans le quartier des Oudayas, juste au-dessous du minaret sur lequel flotte le drapeau de la prière, contrôle de ses baies et des fenêtres de ses chambres, l’un des plus beaux sites du Maroc et peut-être du monde : l’embouchure du Bou-regreg. »

Ces différents articles, dont la rhétorique est bien ancrée dans leur époque (coloniale), appellent plusieurs remarques. On sait ainsi que François Robert, au rez-de-chaussée du moins, semble privilégier les plans libres. C’est peut-être la raison pour laquelle il choisit pour la villa de M. F. à Rabat cette solution originale consistant à élever la demeure sur des pilotis et à loger dessous des pièces ayant trait aux « services », à savoir garage, petite cave et buanderie.

Par ailleurs ce choix dénote également une grande attention à l’environnement climatique dans la mesure où l’espace entre les pilotis devient un havre de fraîcheur ombragée pour les habitants, « constituant un abri fort agréable » comme il est dit dans l’article. Galeries couvertes (Villa de M. F., Villa A. et Villa de M. R.) et terrasse (Villa de M. Lescure, Villa de M. R.) permettent également de profiter de l’extérieur dans les meilleures conditions.

Dans le cas de la Villa du docteur Liouville, François Robert, tout en gardant une certaine forme de simplicité et de pureté géométrique, conçoit une demeure qui prend modèle sur l’habitat traditionnel de la Kasbah des Oudayas, comme le montre la grande attention portée aux éléments typiques de cette architecture : patio, porte d’entrée, riad… Quant à la loggia, si elle ne semble pas aussi typique, elle use d’un vocabulaire architectural typique (arcs en plein cintre outrepassés reposant sur de petites colonnettes). On ne sait, si l’on se réfère aux articles, si l’architecte a également imaginé les intérieurs, comme son activité de designer pourrait le faire penser.

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