De Jean-François Robert à l’architecture chrétienne du Protectorat à Rabat et Salé.

Pour compléter ce bref (et approximatif !) panorama de l’œuvre architectural de Jean-François Robert, je peux aussi vous renvoyer à ce précédent article : en effet, la promenade « au fil des plaques d’architecte » que j’avais menée alors, m’avait permis d’admirer quelques immeubles dont le dessin a été imaginé par Jean-François Robert.

Par ailleurs, il me faut encore évoquer la construction de la cathédrale orthodoxe russe, située place Bab Tamesna, à un point du Boulevard Hassan II à Rabat.

  • La cathédrale orthodoxe russe

L’exposition virtuelle que La Cité de l’Architecture et du Patrimoine consacre à Boris Maslow, architecte russe naturalisé français en 1931 et ayant travaillé au Maroc sous et pour les autorités du protectorat français, en atteste.

Elle nous apprend d’abord que : « Après la révolution d’Octobre, les pays du Maghreb connaissent une grande vague d’immigration russe dans les [années vingt ?]. […] La majorité des Russes arrivés au Maroc avaient une formation technique alors très appréciée par le Protectorat français dans le cadre de l’aménagement du territoire et des constructions de génie civil (ponts, chemins de fer, routes, barrages). Les anciens officiers, marins ou légionnaires étaient embauchés en tant que géologues, géodésistes, topographes, ingénieurs, etc.

Petit à petit, la communauté russe a tissé des liens et a pris racine au Maroc, mais il lui manquait un lieu de culte. En 1927, l’archimandrite Varsonofi Tolstoukhine fut envoyé de Paris par le métropolite Evlogui, pour « fonder une cathédrale orthodoxe ». Il trouve dès 1927 une baraque en bois abandonnée et y aménage la première église orthodoxe du Maroc.

C’est sans doute autour de ce nouveau lieu de rassemblement qu’a été fondée la paroisse de Varsonofi. En 1929, la paroisse reçoit une parcelle de terre en donation de la part du chérif Hussein Djebli (dont la femme était d’origine russe). Dans les années qui suivent, la cathédrale de la Sainte-Résurrection est construite.

C’est l’architecte français Jean-François Robert qui est chargé de bâtir la cathédrale. Certains témoignages attestent néanmoins que Maslow a suivi de près la construction du bâtiment. »

L’exposition présente également plusieurs photos non datées (probablement de Boris Maslow), qui témoignent de la construction du bâtiment.

Par ailleurs, un article du numéro des Chantiers nord-africains de juillet 1932 consacré à l’Eglise réformée de Rabat, indique que la première pierre de cette dernière a été posée le 13 novembre de l’année précédente, et comporte en plus, ce qui nous intéresse particulièrement pour cet article, une photo de l’ « Eglise orthodoxe de la colonie russe » accompagnée du commentaire suivant : « à Rabat, inaugurée le 13 novembre dernier. »

Voici encore d’autres photos que j’ai prises en 2008 :

Mais cette église n’est pas le seul bâtiment religieux chrétien édifié sous le Protectorat français à Rabat et à Salé. De ce type d’édifices, Le Guide de la Sûreté nationale – Ville de Rabat, 1958 (édité par l’Association Fraternelle de Secours Mutuels et Orphelinat des Fonctionnaires de la Sûreté Nationale) propose une liste. Je l’ai trouvée sur le site Dafina.net. Les noms d’églises et leur adresse sont suivis d’un numéro de téléphone. Ce site évoque encore la petite église de la Saint Famille dans le quartier de la Tour Hassan.

Je vous propose donc de continuer à passer en revue les différents édifices chrétiens de l’époque du Protectorat que compte la capitale

  • Le temple de l’EEAM

Dans l’article du numéro des Chantiers nord-africains de juillet 1932 déjà cité plus haut, on obtient quelques renseignements sur l’édifice qu’on appelle aujourd’hui le temple de l’EEAM (Eglise Evangélique Au Maroc). En voici le court texte qui y figure :

« Le 13 novembre dernier a eu lieu, à Rabat, la cérémonie de la pose de la première pierre de l’Eglise Réformée Evangélique. Placée en plein centre de la ville nouvelle, rue de la République, elle est conçue en style moderne, d’un heureux effet.

Le projet est dû à M. Paul Marstrand, architecte, qui, tout en défendant la conception très personnelle de son œuvre, a su la mettre en harmonie avec l’ordonnance préconisée par la Direction du Service des Beaux-Arts.

Les travaux sont confiés à M. Casimir Brun, entrepreneur, qui a fait de son chantier un modèle d’ordre et de méthodique célérité. »

Le temple se dresse au milieu d’une aire de verdure, avenue Allal ben Abdellah, non loin de la gare :

Paul Marstrand est peu connu : tout ce que j’ai trouvé sur cet architecte danois, je le dois à sa notice Wikipédia… en danois !

Qu’à cela ne tienne !

Paul Marstrand est né en 1895 et mort en 1965. Il était le frère de deux autres architectes : Vilhelm, également urbaniste et designer, qui a œuvré au Danemark, et est mort en 1955, et Knud, qui a fait carrière au Danemark et en Russie, et est mort en 1918.

Ils sont en outre les fils de Poul Marstrand, fondateur de la Marstrand, Helweg & Co., entreprise de fabrication de machines, et surtout les petits-fils de Wilhelm Marstrand, peintre danois, élève du célèbre Eckersberg.

Paul Marstrand passe trois mois en 1913 en Amérique du Nord.

Il fait ses études en Russie de 1914 à 1917.

Il travaille sous le Protectorat français, où il dirige son propre cabinet, d’abord de 1920 à 1926, puis de 1930 à 1935.

Il a été le premier boursier du Danemark (?) au Maroc à partir de 1931.

De 1928 à 1930 il s’est trouvé en Grèce, où, de 1928 à 1930, il a présidé le « Conseil gréco-turc de la Société des Nations à Salonique pour l’évaluation foncière » d’après le traducteur en ligne.

En 1942, Marstrand retourne définitivement au Danemark.

Cette même notice Wikipédia, ainsi qu’une base de données du ministère de la culture danois , lui attribuent plusieurs ouvrages au Maroc :

* les manoirs du Domaine Richards (1923), Domaine de la Borde (1924) et Domaine de la société d’exploitation marocaine (1926) ;

* le consulat du Danemark à Casablanca (1926) ;

* l’Ecole monastique catholique (?), Marrakech (1932) ;

* l’Église réformée française avec annexes, Rabat (1933-35, débutée en 1931)

* le Bureau du consul général britannique, Rabat (1933)

* Pavillon de l’Église réformée française, Casablanca (autour de 1935)

  • La cathédrale catholique Saint Pierre et l’évêché

La cathédrale Saint Pierre est le bâtiment religieux chrétien le plus connu de Rabat. Elle est abondamment prise en photos par les touristes :

Et un peu aussi par moi :

Elle a été bâtie en 1919-1921, et les deux tours ont été ajoutées en 1937.

Les cartes postales anciennes la présentent en effet sous deux aspects différents : sans puis avec les tours.

Mais le numéro d’octobre 1937 du Maroc Catholique nous donne un indice sur l’année pendant laquelle les tours ont été adjointes à l’édifice, précisément dans un article signé J. Goulven (pp. 264-267) intitulé « Une paroisse marocaine : St Pierre de Rabat » dont quelques passages sont à lire dans les lignes suivantes.

L’auteur déclare avec prudence que « la Cathédrale Saint Pierre [est] ainsi nommée sans doute parce que le terrain fut donné par la province franciscaine de Saint Pierre, qui se trouve à Paris ».

Un peu plus loin il ajoute hautain : « On ne peut pas dire, par contre, que le monument soit joli. Pour l’embellir, on le surélève actuellement de deux tours légères, et son style complexe, formé de byzantin, d’italien, de moderne, est un rappel de lignes et de coupoles que l’on se souvient avoir entrevues quelque part, en Méditerranée ».

Il apporte encore quelques éclaircissements sur le mobilier : « Plus agréable à contempler est la nouvelle chaire à l’orée du transept toute en marbre rose brun, veiné de bleu et de blanc, pierre du pays d’un très joli effet et dont les architectes commencent à tirer un heureux parti. Sur cette chaire, le pupitre avec son tapis de zellijs verts et ors (sic), représentant la Croix de Terre Sainte, retient l’attention. »

Il continue en énumérant les éléments de la cathédrale qui s’inspirent de l’art marocain traditionnel : « confessionaux (sic) en hêtre travaillé par les indigènes, lampadaires très curieux constitués avec des lampes de mosquée dépolies, chandeliers de cuivre massif, boiserie d’orgue dus à l’artisanat marocain. Je signalerai, en particulier, derrière l’abside, la chapelle de la Vierge, « Ave Rosa Speciosa », dont le Tabernacle en bronze cuivré, orné d’une belle rose, l’autel en marbre de l’Oued Akreuch, le parquet en mosaïques bleues noirs (sic), rappelant des dessins de tapis marocains, sont du pur travail indigène. Dans le même ordre d’idées, on peut indiquer les grandes colonnes de marbre blanc de la Cathédrale que soulignent des arêtes de zellijs noirs et ors (sic) ; mais qui ne prennent pas toute leur valeur du fait que les murs intérieurs n’ont pu être, faute d’argent, ni peints ni décorés. »

Par ailleurs, un chemin de croix est alors en train d’être réalisé par le peintre Jean Hainaut, ce que l’on comprend au détour d’une phrase, au moment où le rédacteur de l’article se plaint de la nudité des murs de la cathédrale : « le chemin de croix est figuré par des petites croix et le sera jusqu’au jour où l’artiste Hainaut aura terminé ses beaux tableaux ».

A ce propos, j’ai découvert une page internet qui expose plusieurs travaux de ce peintre, Jean Hainaut.

Le site très riche de Roland Benzaken présente des photos de mosaïques qui pourraient très bien correspondre à ce chemin de croix.

Dans le même article, deux illustrations montrent : d’une part, « la nouvelle grille, de la Chapelle de la Vierge de la Cathédrale St. Pierre de Rabat », d’autre part, « Les nouveaux lustres de la Cathédrale St. Pierre de Rabat ».

Son architecte est Adrien Laforgue, frère du célèbre poète Jules Laforgue, également architecte du Palais de Justice (actuel Parlement), de la Gare et de la Poste de rabat comme l’indique ce site. Le Maroc en 1932 nous apprend encore qu’il est l’architecte des Banques d’Etat à Casablanca et à El Jadida. Le numéro 2 de la revue Bâtir, datant d’avril 1932, nous signale enfin qu’il est aussi l’architecte de la Poste du quartier de la Résidence (ce numéro consacre sa rubrique « Nos architectes » à Adrien Laforgue et retrace son parcours jusqu’à cette date). J’ai dans mes projets de consacrer un article aux deux frères.

La Cathédrale Saint Pierre se dresse sur une très belle place : aujourd’hui place du Golan, anciennement place Lavigerie.

Non loin de la cathédrale, l’évêché (ou presbytère ?) est occupé par l’Institut français.

  • Eglise Sainte Marie de l’Océan ou Saint Joseph de l’Océan

Les plans de cette église située dans le quartier de l’Océan sont dus à Paul Tournon, également architecte de l’église du Sacré-Cœur de Casablanca dont vous pouvez voir quelques photos dans ce précédent post.

Mais Adrien Laforgue (encore lui) a aussi participé à son édification.

Un précieux article intitulé «La future église de Sainte-Marie-de-l’Océan », dans le  numéro des Chantiers nord-africains de juillet 1930 nous renseigne sur leur projet.

On y apprend par exemple que « M. Tournon, qui n’a fait qu’élaborer les plans, est reparti pour la France et c’est M. Laforgue, architecte bien connu à Rabat, qui se chargera de l’exécution matérielle du projet dont l’ensemble constitue une réelle innovation au Maroc. »

L’article nous dit aussi que « fin avril, on a posé le même jour, à Casablanca et à Rabat, les premières pierres de deux églises : celles du Sacré-Coeur et de Sainte-Marie de l’Océan. »

Concernant le style de l’édifice, l’auteur de l’article propose une définition : « En ce qui concerne le style de la future église, M. Tournon a su apparenter son architecture à celle marocaine rénovée – formule si heureuse réalisée par M. Borély, chef du Service des Beaux-Arts – tout en rattachant son ouvrage à l’école romane des sanctuaires du Midi de la France. »

L’article comporte les plans de l’édifice ainsi que des remarques éclairantes sur des innovations dont a été l’occasion la construction de cette église. On constate une fois de plus que les territoires sous domination coloniale ont été pour les architectes – suivant l’expression consacrée – un « laboratoire de recherche ».

La première innovation concerne, une fois de plus, des aménagements qui ont été pensés en relation avec les particularités climatiques de l’environnement : « Les fenestrages, les vitraux et les rosaces seront constitués par des motifs de style roman en béton moulé. Ces motifs seront à double feuillure pour recevoir d’une part des verres blancs et, de l’autre, des verres colorés. On obtiendra ainsi entre les deux couches de verre un matelas d’air qui constituera un excellent isolant et une protection contre les brusques variations de température, assez fréquentes dans les pays chauds. »

La deuxième innovation concerne une technique de sculpture tout à fait nouvelle pour l’époque : « le procédé du béton sculpté ». On apprend ainsi que : « L’ossature du clocher sera exécutée en béton armé mais son remplissage sera en maçonnerie ordinaire. Il mesurera trente mètres environ et sera surmonté d’une statue de la Vierge en béton sculpté à fresques. » Cette dernière expression nous interpelle : en effet on a plutôt l’habitude de relier la technique de la « fresque », mot emprunté à l’italien « fresco » (signifiant « frais »), à l’art de la peinture… Or la suite de l’article détaille cette technique : « Cette sculpture constitue une technique entièrement nouvelle qui a été imaginée par M. Tournon et réalisée par le sculpteur Sarrabessolles (sic), Prix de Rome, qui y a pleinement réussi dès la première fois. Des statues ainsi sculptées ont été exécutées récemment pour couronner les clochers des églises d’Elisabethville-sur- Seine et de Villemomble, près de Paris.

Le nouveau procédé consiste à sculpter dans un bloc de béton armé après douze heures de prise. A ce moment, le béton a la consistance de la pierre tendre mais l’artiste n’a devant lui que 8 à 12 heures pour achever son travail car au bout de ce laps de temps le béton durcit à un tel point qu’il n’est plus possible de le modeler. »

Or voici l’information que l’on trouve sur la notice Wikipédia de l’église Saint Louis de Villemomble : « Son architecte principal est Georges Dumont. Elle est composée d’une ossature métallique et d’un remplissage de pierres meulières. Le clocher de l’église est conçu par l’architecte Paul Tournon dont le ciment est sculpté “a fresco” par Carlo Sarrabezolles. Construit en béton, en meulière et en brique, il s’élève à 56 mètres de hauteur. »

Un magnifique site consacré à Sarrabezolles détaille plus avant encore cette technique et inventorie les réalisations du sculpteur ici et .

Cette statue a-t-elle été réalisée ? Cela est douteux : les cartes postales (delcampe.net) montrent un clocher inachevé, et bien loin encore de ressembler à celui qui se dresse sur le projet dessiné (?), qui figure lui aussi sur certaines cartes postales de l’époque. Le clocher définitif n’est pas aussi haut lui non plus.

L’église est devenue aujourd’hui un centre culturel : je la visitai il y a des années (ce devait être en 2008 ou 2009), il s’y déroulait alors une conférence.

On trouve d’autres cartes postales (delcampe.net) représentant cette église, notamment une prise de vue de la petite église primitive et une autre du chantier de celle qui lui a succédé.

  • Notre Dame des Anges de l’Aguedal

De nombreuses cartes postales représentent également Notre Dame des Anges dans le quartier de l’Agdal à Rabat (tapez par exemple : « Notre Dames des Anges Rabat », une nouvelle fois sur le moteur de recherche de Delcampe.net), mais les informations concernant ce bâtiment sont rares.

Il s’agissait d’un ensemble regroupant une église et un monastère franciscain, comme on peut le lire sur cette page de souvenirs d’un ancien r’bati (années 1960-1966) où figure une de ces cartes postales, que l’auteur accompagne du commentaire suivant : « Au fond : l’église Notre-Dame des Anges, dans ses dépendances s’abritaient les activités cultuelles et culturelles (bibliothèques, patronage, salle de spectacles, l’ancien couvent des Franciscains bientôt transformé en mini Résidence Universitaire) de cette “petite ville française” implantée à la périphérie de la capitale de “L’État Chérifien”. »

Les Franciscains ont une histoire ancienne avec le Maroc, qui remonte au XIIIème siècle : Ceux qu’on appelle « [l]es franciscains martyrs du Maroc forment un groupe de cinq religieux de l’ordre des frères mineurs qui furent martyrs au Maroc, [et] que François d’Assise avait envoyés au commencement du XIIIe siècle, pour prêcher l’Évangile aux Maures. » (notice Wikipédia).

Un site recensant les orgues du Maroc nous apprend que l’église en possédait un exemplaire : on y trouve d’ailleurs une très belle vue de l’intérieur de l’édifice.

Cette église se trouvait au bout de l’ancienne rue Jeanne d’Arc, nommée aujourd’hui avenue Dadès, et a été remplacée par la galerie commerciale Kays, bien connue à l’Agdal.

  • Eglise Saint Pie X

Cette église se trouve également dans le quartier de l’Agdal, à proximité du lycée Descartes.

Je ne la connaissais pas avant d’entreprendre la rédaction de cet article.

Le site de Roland Benzaken (encore) en présente des photos parlantes :

  • Eglise réformée saint François d’assise

Cette église s’élève à proximité de Bab Rouah, à l’intérieur des murailles :

Elle est aussi appelée « église espagnole ».

Elle présente un profil art déco.

Une frise épigraphique en latin court au sommet de la porte d’entrée, à l’extérieur de l’église.

Mais ses volumes ressemblent beaucoup à ceux de la cathédrale Saint Pierre comme le suggère la photo qui la représente sur ce site .

Je n’ai malheureusement pas trouvé d’information particulière à son sujet, si ce n’est qu’elle est fréquentée notamment par la communauté espagnole.

  • Église des Pères de Foucauld

L’église des Pères de Foucauld est conjointe à l’école que ces derniers tenaient, école qui est devenue aujourd’hui l’école Chénier (AEFE), dans le quartier de la Tour Hassan.

D’après les contributeurs du forum Dafina.net, l’école a été construite en 1926.

Lorsque je l’ai prise en photo en 2008 ou 2009, l’église (on peut le lire directement sur l’image) était occupée par l’Institut Lalla Asmaa pour enfants sourds :

Le site Delcampe.net présente plusieurs vues intérieures de l’école.

Ces Pères de Foucauld, moines missionnaires d’après le numéro de janvier 1937 de la revue Le Maroc Catholique, font sans doute partie de l’ « Union-Sodalité », « confrérie fondée en 1909 par le bienheureux Charles de Foucauld sous le nom d’Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus » (notice Wikipédia).

Charles de Foucauld a exploré le Maroc en 1883-1884 avant sa conversion, ce qui a donné lieu à la parution de l’ouvrage Reconnaissance du Maroc.

  • L’église de l’Aviation (Souissi)

Cette église, citée par le Guide bleu du Maroc de 1930,  est mystérieuse. Je n’en ai trouvé trace nulle part, si ce n’est sur une carte postale qui en expose la maquette, d’après laquelle elle est dédiée à « L’Immaculée Conception » et se situe dans le quartier Souissi.

  • La Source

Voici les informations que le site internet du Vatican « Le Saint Siège » délivre sur l’ancienne bibliothèque de La Source dans un article consacré aux « CATHOLICÆ CULTURÆ SEDES » (« sièges de la culture catholique ») : « Elle a été fondée en 1981 par le Père Jacques Levrat, vicaire général du diocèse de Rabat, qui reprenait l’appellation d’un centre franciscain consacré aux étudiants marocains et récupérait les fonds laissés par les franciscains, les dominicains et les jésuites qui avaient constitué des bibliothèques et ne pouvaient plus en assurer le service. […].

La Source s’est installée dans l’ancien monastère des Petites Sœurs de l’Assomption et occupe deux bâtiments. L’un est consacré entièrement à la bibliothèque : salle de lecture pouvant accueillir une quarantaine de lecteurs, avec ses usuels, une autre salle consacrée à l’accueil des lecteurs avec les fichiers papier et des ordinateurs destinés à la consultation et, enfin les bureaux des six bibliothécaires-documentalistes qui assurent le travail de saisie et de documentation. Il faut y ajouter les magasins et les réserves. Le second bâtiment abrite les parties communes et d’habitation. »

Aujourd’hui ce bâtiment accueille l’Institut œcuménique de théologie al Mowafaqa, créé en 2012 à l’initiative des Églises catholique et protestante au Maroc.

Les Petites Sœurs de l’Assomption (en latin : Instituti Parvularum Sororum ab Assumptione) sont une congrégation religieuse féminine hospitalière de droit pontifical. (notice Wikipédia)

  1. Le monastère des Clarisses

Ce monastère se situe dans le quartier Souissi.

Voici à quoi il ressemblait d’après les cartes postales de l’époque (delcampe.net).

La première note de l’ouvrage Théologie et spiritualité missionnaires de Jules Monchanin (Avant-propos et postface : Edouard Duperray et jacques Gadille) que j’ai consulté sur Google books nous donne quelques informations sur cette communauté, car l’auteur Jules Monchanin (1895-1957 ; prêtre catholique « ardent promoteur de l’inculturation de la vie religieuse chrétienne en Inde et du dialogue interreligieux hindou-chrétien » – notice Wikipédia) y a fait une conférence le 13 janvier 1947. A la fin de l’ouvrage, une note explique le contexte de cet événement en précisant que « [l]a communauté de Rabat est un essaim du monastère de Sainte-Claire à Azille (Aude), qui s’installa au Souissi, dans la banlieue de Rabat, le 4 mai 1933. Cette installation avait été préparée par une lyonnaise, Clotilde Vacheron, qui dut à Monchanin sa conversion et sa vocation missionnaire en Afrique musulmane : intégrée à la communauté, elle en devint la supérieure en 1936, sous le nom de mère Véronique. Juste avant la guerre, la communauté comptait cinq moniales. Un an après la mort de Monchanin, trois de ses membres créèrent la première fondation monastique de l’Eglise byzantine-melchite à Nazareth : l’office byzantin y était paslmodié en langue arabe.

Par là, se réalisait la mise en présence d’Israël, des chrétiens et de l’islam, dans la perspective développée dans ce discours. En août 1960, la communauté de Rabat qui s’était déplacée à Tazert, dans le Sud-marocain, fut elle-même transférée à l’Eglise orientale de rite melchite. Enfin, un troisième monastère fut érigé à Aubazine en Corrèze, en 1965, pour servir de lien entre les deux autres communautés. »

Par ailleurs, dans Les Frères prêcheurs en Orient, de Dominique Avon (également consulté sur Google books), on lit p. 430 à propos de Georges Chehata Anawati (« philosophe et chercheur dominicain égyptien, cofondateur de l’Institut dominicain d’études orientales (IDEO) du Caire » – notice Wikipédia) : « Il regarde aussi du côté du monastère des Clarisses, « Le Bocage », situé à Souissi près de Rabat. Elles « s’occupent » [sic] des musulmans : « La jeune prieure, Mère Véronique Blanchet, est une élève de l’abbé Monchanin et elle essaye vraiment de « penser » le travail missionnaire et d’y adapter sa communauté. » (citation d’une lettre datée du 3 septembre 1945).

On voit que ces religieuses faisaient vivre l’œcuménisme au Maroc : cela me fait penser aux rencontres qui eurent lieu au célèbre monastère de Tioumliline à quelques kilomètres d’Azrou dans le Moyen Atlas, lieu important à plus d’un titre dont j’espère j’aurai l’occasion de parler sur ce site.

  1. Eglise du R’mel à Salé

Terminons avec une église qui aujourd’hui se trouve non loin de la marina de Salé, comme la vue prise sur Google Maps le confirme :

Il s’agit de l’église située avenue de Fès, dans le quartier du R’mel à Salé.

Je n’en ai trouvé aucune trace sur internet, si ce n’est une évocation sur la notice Wikipédia de la ville de Salé.

L’architecture me semble assez moderniste et avant-gardiste, donc assez tardive.

Mais je peux vous en proposer quelques vues que j’ai prises moi-même en 2008 :

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